Totaal Rez est la référence en matière de Bass Musique dans la région Lyonnaise, donc forcément, tous les ans on attend le Rumble Festival avec impatience. Vendredi on y était, et après avoir chauffé la grande salle du Kao, Juksbowl et Dismantle ont laissé place au « Parrain » : Andy C.

C’est après 90 minutes de perfection technique et d’enchainements fou furieux (entre classiques, perles de son label (RAM) et morceaux Old School) qu’on le retrouve dans sa loge…

Première fois à Lyon ?
Oui je crois ou peut-être que je suis venu il y a pas mal de temps. En tous cas j’ai vraiment pris mon pied. C’était fantastique ! Le public est vraiment passionné et il a de bonnes vibes, j’adore ça. Le truc cool avec le public français c’est qu’il remue pas mal. Il est vraiment à fond dedans et je le ressens à chaque fois que je viens en France.

C’est ce qui le différencie du public anglais ?
Chaque pays a ses petites particularités mais le truc génial avec la musique c’est que c’est quelque chose de vraiment universelle, la vibe est là peu importe la langue. Au début de ma carrière, j’allais mixer dans des endroits où les gens n’avaient jamais entendu de Drum and bass donc je me ramenais et je jouais un nouveau genre musical rapide et mélodique et les gens essayaient de le comprendre, alors qu’aujourd’hui tout le monde connaît ce son et la Drum’n’bass s’écoute depuis plusieurs années, les gens apprécient la vibe. D’après moi, le truc génial avec la dnb c’est que c’est accrocheur et que tout le monde se sent vraiment bien sur ce son.

Pour les membres de DnbFrance, comme pour Dirtyphonics avec qui on était y’a un mois, t’es un peu comme le parrain de la Drum and bass …
C’est terrible ! Les mecs de Dirty sont fantastiques .On délire bien ensemble et je vais les croiser la semaine prochaine à Miami. En septembre dernier, j’étais en tournée pendant deux semaines aux US et je les avais croisés dans une soirée à Los Angeles. Un peu plus tard, pour je ne sais quelle raison bizarre, je me suis retrouvé bloqué à l’aéroport de Phoenix. Et eux se produisaient là-bas ce soir-là. Du coup, je suis allé voir leur show puis je les ai rejoints en backstage après, on s’est mis la caisse puis on a tous pris l’avion, c’était énorme. J’adore la passion qu’ont ces mecs. Ils sont un peu dingues et j’aime vraiment passer du temps avec eux. J’adore leur énergie.

Quelques précisions techniques sur la manière dont tu mixes ?
Je mixe sur Traktor avec des vinyles timecodés. Avant j’étais sur vinyles jusqu’en Aout 2011. Ce soir là je suis allé mixer à Copenhague et il y a eu un problème technique avec les platines, grosse galère. Du coup j’ai été obligé de télécharger un logiciel vite fait dans les backstages avec un ingé son car le seul moyen de jouer était de mixer sur PC et je ne l’avais encore jamais fait, même pas à la maison. J’ai donc joué comme ça et c’était excellent mais je ne pourrais jamais lâcher les platines vinyles, c’est là d’où je viens !

Le jour où j’ai compris que je voulais faire DJ, je me trouvais dans une soirée, debout à droite de la foule appuyé contre un mur, un peu mort, et je regardais le DJ qui tournait ses platines et inondait l’endroit avec son beat, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. Et j’ai acheté des platines. Encore aujourd’hui, j’adore cette sensation de travailler sur vinyle. Je ne jette pas la pierre à ceux qui utilisent des CDJs ou quoi que ce soit. Moi je veux suer sur la platine, je veux avoir chaud, je veux sentir la vibe. On fait des erreurs, beaucoup d’erreurs, mais ça rend la chose plus réelle. J’ai fait deux ou trois erreurs ce soir et intérieurement je me dit « putain !! », mais c’est précisément ce qui me pousse à me dire que le prochain mix sera parfait, sans aucune erreur. Aussi longtemps que je serais dans le circuit, j’utiliserais des platines. Évidemment, le problème c’est que de nos jours, plus grand monde ne mixe sur platines. Je suis l’un des derniers à le faire, et c’est un peu frustrant, mais tant que je pourrais remuer, je mixerai sur platines.

Donc tu prépares tes mixs ?
Non je ne prépare pas mes mixs. Je connais mes sons de bout en bout, je les joue souvent. Quand je fais un mix qui marche vraiment bien, je me dis « wow ! » et je me rappelle de ce mix et l’inclus dans mon prochain set. Mes sets évoluent tout au long de l’année. Les changements se font naturellement et il y a toujours de nouveaux sons que tu peux intégrer, même si je préfère intégrer un bon son plutôt qu’un nouveau son. Ce soir, quand on est venu me dire que je devais m’arrêter, je me suis dit « putain je ne veux pas m’arrêter j’ai encore trop de sons à balancer ! ». Car dans ma chambre d’hôtel avant le concert de ce soir, j’ai chopé trop de sons énormes pour ce soir !

Si on t’arrête pas tu t’arrêtes pas !
Tu sais, quand je suis chez moi, je peux aller mixer dans mon studio et sans faire gaffe je peux mixer pendant 6h. Et c’est ce que je veux faire en concert parce que je suis un DJ et c’est ce que font les DJ. Si tu viens chez moi et qu’on fait une soirée, je vais te jouer un millier de son !

Parle nous de ton label RAM ?
On a vraiment une position privilégiée. Ce label existe depuis 20 ans et quand tu te bâtis une certaine réputation, les artistes sont plus ouverts. Les choses sérieuses ont débutées au début des années 2000 après RAM Trilogy. Je pense que les artistes Drum and bass sont capables de bien plus que seulement enregistrer des singles. Donc maintenant quand on signe un artiste, on le signe pour faire un album, pas simplement un single sur lequel l’artiste ne peut pas totalement s’exprimer.

Quand on a signé Sub Focus, qui est un artiste incroyable, on lui a proposé de faire un album. On voulait aussi signer Chase and Status car on savait qu’ils étaient excellents, mais ils étaient déjà sous contrat avec un autre label de Drum. Le problème des labels Drum n Bass c’est qu’ils ne voulaient rien faire d’autre que des singles à cette époque. On les a rencontrés et on leur a proposé de faire un album qui a par la suite rencontré un énorme succès. On a aussi signé les mecs de Loadstar. A la base on a signé Xample en tant qu’artiste à part entière, pareil pour Lomax, mais ces mecs travaillaient ensemble, ils m’envoyaient des sons sur lesquels ils avaient bossés, donc on les a rencontrés et on s’est dit que ce serait cool qu’ils forment un duo et qu’il fallait leur trouver un nom, ils ont proposé Loadstar et l’album qu’ils ont fait est génial.

Cette année on a lancé un programme, DnBLivesHere.com, une sorte de label Drum and bass vraiment undergroud et c’est génial, le programme connaît un succès terrible. C’est parti du fait que je suis revenu d’Australie en Janvier et j’avais reçu 3970 nouveaux sons dans ma boite mail et il m’a fallu une semaine pour tout parcourir mais il y avait tellement de bons sons que je me suis dit que si on ne les sortait pas, peut être que personne ne les sortirait et que ces chansons resteraient pour toujours des démos de petits producteurs. Il fallait donc leur donner une opportunité et c’est là tout le principe de ce programme. On travaille main dans la main avec RAM, et on publie désormais des morceaux deux fois par mois sur le site DnBLivesHere.com.

Tu as manqué de faire signer certains artistes ?
Des tonnes. Je te donne un exemple. Un pote à moi est parti en Australie. Il était à une soirée et un mec se ramène et lui dit « prend une démo d’un de mes potes ». Devine qui avait fait cette démo? Pendulum avec Vault ! Mon pote ne m’a jamais fait écouter la démo (rires). Au final, Ed Rush l’a signé. Un jour je le vois en live et je me dis que ces mecs envoie du lourd, et la foule était en délire. Bref je parle à mon pote qui était là lui aussi, et il me dit « j’ai déjà entendu ça sur un cd qu’on m’a filé ». J’étais dingue ! Des histoires comme ça il y en a en pagaille. Mais tu ne peux pas avoir tout le monde et je ne voudrais pas d’ailleurs car quand tu as un artiste, tu dois veiller sur lui, tu en es responsable et c’est pas de mal de stress.

Quelques noms à propos des talents de demain ?
Il y en a beaucoup : Loadstar, DC Breaks, Delta Heavy, les mecs de Bluescreens, ils sortent tous des sons de malade.

Tu crois vraiment en eux du coup ?
Ouai. Je les ai vu jouer et j’ai vu la passion et la vibe !

Ta réputation de DJ est énorme, mais tu continues de jouer dans des petites soirées…
Il m’arrive de jouer dans des petites soirées mais maintenant c’est différent puisque la Drum and bass devient de plus en plus populaire. Mais on sera toujours là que la Drum n bass soit à la mode ou pas. Il y a quelques années ce n’était pas à la mode et maintenant tout le monde aime cette musique donc c’est cyclique et j’ai vu passer pas mal de cycles…

Question plus légère, quel artiste ou groupe te passionne ?
Radiohead.

Donc forcément fan d’ Atom for peace ?
Je trouve ça vraiment bien, comme tout ce que fait Tom Yorke. Je suis déjà allé les voir en concert en décembre dernier. Tous les albums de Radiohead sont incroyables, que ce soit Rainbows, Kid A, Amnesiac…En live leurs chansons prennent un tout autre ton. Ça me fait vraiment planer. Lorsque j’ai un long voyage comme quand je vais jouer au japon, j’écoute leurs chansons et je regarde le monde défiler par le hublot. C’est un tout autre voyage.

Hâte que le nouvel album des Daft Punk sorte ?
Carrément. Comme tout le monde pas vrai ?

Tu les as croisés en festival ?
Oui il y a des années de ça. Ça fait vraiment longtemps. Dans les années 90.

Tu les as déjà vus en concert ?

Non mais j’aimerais bien. Je pense que ça va se faire. En mai prochain, je fais un concert sur la grande muraille de Chine et le mec m’a même dit que je mixerai en haut d’une énorme tombe (rires) ! Un truc de malade quoi et il se pourrait qu’ils fassent partie de la prog !

Est-ce que tu pourrais remixer une chanson pourrie, genre borgore qui remix la macarena ?
Sérieux ? Borgore a remixé la macarena ? (rire) Bah putain big up à lui ! (rire) Il faut que j’écoute ça ! Pour ma part non, je ne pense pas.

 

Merci à Andy C pour sa disponibilité, à Julien Duclos (Totaal Rez) pour sa réactivité et son accueil et un grand bravo à toute l’équipe de Totaal Rez pour cette magnifique édition du Rumble Festival ! On ne pouvait pas rêver mieux !

Enfin un gros big up à Quentin et David pour l’interview et Vincent pour la traduction ! Un beau travail d’équipe ! MERCI A TOUS !

 

Copyright photo : Joris Couronnet