Edito

Cette semaine plusieurs albums sont parus. Ce format est un exercice complexe et souvent un échec pour de nombreux artistes D&B.

La somme de tracks réussis n’aboutit pas systématiquement à un album agréable à écouter et qui transporte l’auditeur dans un univers. Inversement, les très bons albums ne contiennent souvent que quelques « tubes ». La musique électronique et plus particulièrement la D&B s’adapte généralement assez mal à ce format. Conçue pour le dancefloor, elle ne coïncide pas avec les attentes qu’un album procure ; une ambiance, une histoire. Heureusement ils ne sont pas totalement incompatibles.

Alors que nombreux 12″ ou d’EP ont marqué l’histoire de la Bass Music, peu de LP ont réussi à laisser une empreinte forte (Timeless, Inside The Machine, Wormhole, Industry, New Forms…). La plupart ne sont qu’un regroupement de morceaux, ce qui constitue un bon point pour la planète ; une pochette contient 4, 5 voire 6 12″, mais n’aboutit généralement pas à un album convaincant.

Certains newcomers impressionnent car ils ont réussi à mettre en place une recette différente du son des autres artistes mais qui, au moment du passage à l’album, ne fonctionne pas forcément ou peut être utilisée de manière excessive.

Inversement, certains artistes veulent absolument montrer qu’ils aiment de nombreux styles et ainsi faire profiter l’auditeur d’un panorama des musiques électroniques. Au final, ce dernier se perd dans cette soupe primitive.

Un autre phénomène complique le travail des artistes; les meilleurs albums sont ceux qu’ils réalisent quand ils sont « primipares ». Le 2ème album (appelé aussi « confirmation ») est parfois correct et le 3ème (dit de la « maturité ») est au mieux moyen et souvent très décevant (les albums mentionnés ci-dessus sont les premiers des artistes concernés). Il existe sûrement plusieurs raisons à ce problème. Lors du premier LP, l’artiste apporte 20 années d’idées et d’imagination, les suivants ne bénéficient que de peu de temps ou alors de la reprise des idées précédentes. Un premier essai est souvent plus percutant car le producteur peut, s’il est bon, apporter une nouvelle façon de penser, d’appréhender les sons. Le souci est qu’une personne n’a qu’une seule façon de penser.

Un succès apporte également beaucoup de pression pour la suite et le public attend souvent que la « confirmation » et la « maturité » soient des répétitions de la « découverte ». Les fans sont ainsi rassurés mais plus surpris. Le dernier élément est la pression économique, que ce soit, à des degrés différents, une major ou un petit label, les sorties doivent être rentables au risque de disparaître, ce qui évidemment a tendance à les aseptiser.

Alix Perez – Chroma & Chords

Alix Perez V2.0

La confirmation ? En effet Alix Perez est bien passé du côté obscur. Alors qu’il a débuté en 2005 avec un son léger, apaisant, il n’a eu de cesse de le durcir et de le rendre plus pesant, en particulier avec son premier album. Il a également succombé au son des années 2010 « ultra-produit ». Très numérique, où rien ne dépasse et qui donc à la fin n’a plus de relief ni de personnalité, quelque chose de déshumaniser. Plus de personnalité et de narration dans ses morceaux auraient été préférable à ce perfectionnisme dans la production.

Alix Perez est également tombé dans le piège du « regarde comme je sais faire plein de trucs ». A sa décharge ceux qui se contentent de réaliser des albums uniquement D&B aboutissent souvent à un collage de maxis (l’autre piège). Il manque un liant et les nombreux featurings, qui aboutissent à un album choral, n’aident pas à homogénéiser l’ensemble.

Les 2 premiers tracks, Dubstep, sonnent très Planet Mu en plus fat. Ensuite arrive « Playing Games », qui peut laisser penser que le Alix Perez V1.0 va revenir. Puis « Annie’s Song », le tube R&B, « Chroma & Chords » léger rapidement balayé par un featuring avec Foreign Beggars très dur, arrive ensuite un track plutôt Ragga et ainsi de suite… Il ne manque que du 4/4 pour avoir un tour d’horizon complet.

Déçu, d’autant plus que de nombreux passages laissent penser que cela aurait pu être un très bon album.

Calibre – Still – Signature

Calibre V1.0

Calibre n’as pris aucun risque et a décidé de rester sur la V1.0 en réalisant un duplicata de ces albums précédents. Donc, pas de surprise, c’est bien produit, subtil avec de la soul, du piano de bons arrangements. Le revers est que cet album tombe un dans l’autre écueil ; une collection de tracks qui auraient pu être éditées séparément en maxis.

Mention spéciale pour « Keep Control » et ses cuivres et « Sick Of It All »

μ-Ziq – XT EP – Planet Mu

Dubstep 80′s

Exercice typique de Planet Mu qui consiste à jouer avec le fil du rasoir des 80′s. μ-Ziq, le boss du label, réalise un EP très personnel très Warpien ; entre l’IDM et le Dubstep. Après l’écoute de l’album d’Alix Perez, cet EP permet de respirer un peu. L’objectif ici n’est pas d’impressionner l’auditeur par des capacités de production hors du commun mais de créer un univers de l’emmener quelque part grâce à des mélodies accrocheuses, parfois à la limite du bon goût.

LA SORTIE DE CETTE SEMAINE. Un album est prévu dans la foulée

Benton – Reflections – Wheel & Deal

L’album se rapproche globalement du style des labels Black Box et Osiris: des bass sèches, sombres et perçantes, des nappes qui plombent l’ambiance, des drums très minimales et des claps/snares avec une grosse reverb. Benton s’approprie le son sans s’affranchir des règles. Certains passages (« Believe ») rappellent l’univers de Burial sans l’égaler.

L’album est globalement plutôt réussi, il manque juste un petit quelque chose pour le rendre remarquable.

Et aussi

Stray – Modulations

La face A aurait pu sortir dans les années 90′s. La face B ressemble aux releases de Swamp, en particulier celles d’Addison Groove.

Chords – Ram

Ram est l’un des rares labels qui réussit à produire une D&B mainstream correcte. Sans tomber dans un son raccoleur, cheesy, avec des sons trancey dégueulasses, Ram parvient souvent à livrer quelque chose d’accessible, très accrocheur et programmé pour le danceflloor. Ce label sait, de plus, prendre des risques en signant de parfaits inconnus.

Le 12″ proche du son de Rene Lavice, débute par une intro d’1 min 30 très réussie, suivie d’un son dancefloor emmené par des stabs efficaces et une voix lointaine.

Danny Byrd – 4th Dimension / Bad Boy

Face A : j’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas assez de 303 dans la D&B.

Face B : il a samplé un morceau entier d’Aphrodite ???

Sunchase / Details – Nathnennia / Green Rain – Utopia Music

Sunchase souhaite-t-il intégrer l’écurie d’ASC ? Comme le morceau est plutôt bon il devrait y parvenir.

Synth Sense – Symbol #9 – Auxiliary

Hé oui ! Il est encore possible de produire de l’Ambient et d’innover. Synth Sense crée un son très cinématographique, très dynamique les enchaînements des sons me rappellent par moment FSOL.

Romare – Love Songs Part 1 – Black Acre

Le label Black Acre, éclectique, peut parfois éditer des releases difficiles à appréhender. Celle-ci ne l’est pas du tout ; downtempo avec de très bons samples soul et blues.

Chronique by @CAMOMIX

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