La drum & bass toulousaine a le vent en poupe, en témoignent les récentes signatures de Signs chez Eatbrain et The Clamps chez Citrus Recordings. Dans un style tout à fait différent, il y a Redeyes. Le producteur français vient de signer un nouvel EP chez Vandal Records : « Memory Lane pt. 1 ».

Des lignes de pianos mélancoliques qui font voyager, des voix soul qui se perdent dans l’écho, une rythmique old school à souhait, autant d’éléments qui caractérisent le son « Redeyes ». C’est avec grand plaisir que l’on retrouve ses nouvelles tracks toujours plus ciselées au fil des sorties. Pour parfaire le tout, l’EP a été masterisé dans le nouveau studio « Audiomontage » tenu par Alexey Egorchenkov aka Enei en personne. En somme une release intéressante qui mérite une oreille attentive. Retour sur l’EP avec l’intéressé.

Pour commencer, parlons de ton nouvel EP. Est-ce que tu avais une idée précise de ce que tu voulais faire au départ ou bien la direction musicale s’est elle imposée au fur et à mesure ? Combien de temps ça t’a pris en tout ?

Redeyes: Je voulais faire un troisième album au départ, puis j’ai préféré faire autre chose. Au lieu de sortir un album de 15 titres et ne plus rien sortir pendant un an, j’ai décidé de sortir une série d’EPs, avec un concept. De l’artwork à la musique, quelque chose qui se tienne sur 4 ou 5 titres plutôt que sur 15.

 

Le titre « Memory Lane – pt. 1 » laisse évidement penser a une suite. Quel est donc le concept, le fil conducteur ?

 Il devrait y avoir 2 ou 3 parties plus un « remix EP ». Le fil conducteur, c’est les souvenirs, de l’enfance à l’adolescence jusqu’à aujourd’hui, des premières sneakers aux premières tapes de rap, les premières sorties en club, la découverte de la jungle, les premiers vinyles …

 

Dès les premières notes de l’EP on reconnaît tout de suite le style « Redeyes », smooth et catchy, dans la veine de Calibre. Cependant on ressent d’autres influences, notamment avec « Underneath », très ambiante. Qu’est ce que tu écoutes actuellement ? Où puises-tu tes inspirations ?

J’écoute des millions de choses, mais très peu de dnb ou de « dance music », énormément de hip hop bien sûr, plus du Kendrick que du Kaaris, mais je n’ai pas vraiment de barrières, je peux écouter vraiment de tout, en fonction de l’humeur, les trucs soul du label Soulection (El train, Sango) Tuxedo et son énorme album funk, des choses plus ambiantes comme Lapalux, Teebs (Brainfeeder), Flako, les soeurs Ibeyi, les albums piano de Gonzales, Spacek, Hiatus Kaiyote, Nosaj Thing … Pour « Underneath »les influences sont plus indies comme Sufjan Stevens, Bon Iver, James Blake, Jamie XX ainsi que les univers cinématographique de Spike Jonze, Refn ou Nolan…

 

Tu as produit le titre « Psychonaut » avec MC Dan Stezo, qui a, entre autre, posé sa voix sur le dernier album de Lenzman. Comment la collaboration s’est-elle faite ? Avez-vous travaillé à distance ou bien tous les deux en studio ? 

On a uniquement travaillé par email, ça a pris pas mal de temps, pas mal de versions. Après avoir eu un featuring sur l’album de Lenzman sur Metalheadz il a voulu travailler avec d’autres producteurs et m’a contacté, on s’était rencontrés lors d’une soirée à coté d’Amsterdam organisé par Lenzman et lui en 2006 ou 2007 et on a tous les trois gardé le contact depuis.

 

J’ai été impressionné par la qualité de production de l’opus. Ton son est réellement plus beau à chaque sortie ! Travailles-tu la production à proprement parler ou bien ta technique de composition se forge-t-elle naturellement avec l’expérience ?

Je ne pense pas vraiment être doué avec la technique, mais je pense qu’avec l’expérience on progresse naturellement, on a plus de recul, je prends plus mon temps, je peux passer plusieurs semaines sur un track qui au final n’aura plus rien à voir avec la première boucle. Au début si je ne faisais pas un track par jour ce n’était pas bon, aujourd’hui je prends mon temps, je n’hésite pas à laisser dormir un track quelques jours voir plusieurs semaines afin d’y revenir avec une oreille fraiche, puis il ne faut pas hésiter à tester ses versions dans plusieurs endroits (voiture, club, chez tes potes, etc) afin de noter les défauts ou les points forts de ton track.

 

Quels sont selon toi les points importants à maîtriser pour faire de bonnes tunes ?

Je ne sais pas vraiment, certains, voire la majorité, privilégient le mixdown, d’autres comme moi plus le groove, la vibe, j ai toujours préféré écouter Jimi Hendrix que Joe Satriani ! Encore aujourd’hui je n’ai pas l’impression de maîtriser grand chose en terme de production mais je laisse aller mon instinct, je laisse évoluer mes morceaux naturellement sans vraiment me demander si telle fréquence va passer ou si ma snare est bien compressée.

 

Revenons sur le passé : ça fait maintenant plus de 15 ans que tu fais partie de la scène et que tu produis. On peut associer à ton nom quelques collaborateurs très talentueux comme Alix Perez et Lenzman et des labels pas moins prestigieux. Autant dire que tu as vu passer du monde. Comment la scène a-t-elle évolué en 15 ans sur le plan musical ? La communauté a-t-elle changé ?

La communauté, je ne sais pas, j’ai toujours gardé du recul avec tout ca, trop politique pour moi, j’ai quelques amis dans le milieu mais je ne suis pas assez présent sur la scène pour pouvoir juger. 15 ans après il y a toujours des squatteurs de backstage, toujours des gars qui viennent faire leur demo au mc en fin de soirée, il ya des choses qui ne changent pas… Musicalement, ça évolue constamment mais telle est la musique électronique, ça évolue souvent en boucle, en cycle, on à l’impression que cette musique va s’étouffer et c’est souvent à ce moment la que quelque chose de frais arrive, comme quand Calibre est apparu, ou plus récemment tout ce qui se rapproche du footwork comme Machinedrum ou Fracture et le hip hop d’Ivy Lab.

 

Tu es depuis un moment rattaché à Vandal Records pour tes sorties, mais tu as déjà release entre autre sur Metalheadz, Spearhead, Innerground ou encore Château Bruyant. Comptes-tu rester chez Vandal pour tes sorties à venir ou bien as-tu des projets avec d’autres labels ?  

Je travaille pour Vandal depuis près de trois ans, maintenant je m’occupe plus de Vandal Ltd, donc c’est pour moi une certaine forme de liberté de pouvoir sortir ce que je veux comme je veux, même si bien sûr on est moins exposé que sur des labels comme Metalheadz. En même temps ça aide également le label a se développer, et on est vraiment content de ce qu’on a réalisé avec SKS depuis deux ans. Après Je ne ferme la porte a rien en ce qui concerne ma musique, si on me propose un projet intéressant et que je m’entends bien avec la personne, tout est ouvert.

 

Que penses-tu de la scène drum & bass française actuellement ? Soutiens-tu certains artistes particulièrement ?

Il y a de super soirées, un gros public, mais pas encore assez de producteurs à mon goût, j’aime beaucoup Nikitch ou encore Naibu, j’aurais vraiment aimé le signer sur Vandal, mais c’est un peu compliqué… sinon il y a bien sûr Signs, comment ne pas les citer !  Je me rappelle encore écouter leurs tracks il y a plus d’un an et quand j’écoute ce qu’ils font maintenant, ces gars n’ont pas de limite, c’est le futur !

 

Merci à toi d’avoir accepté de répondre à nos questions, on attend la suite de l’EP avec impatience ! Un petit mot pour la fin ?

Merci pour le soutien, pour moi, et pour Vandal, on vous réserve plein de bonnes choses pour cette année !

 

Propos recueillis par : Charles Fourcassié