Ivy Lab
Ivy Lab Presents « 20/20 Volume 1 »
Sorti le : 08/11/2015
20/20 LDN recordings
Quand les producteurs Sabre, Stray et Halogenix s’associent pour la première fois en 2012 pour sortir « Oblique/St. Clair » sur Critical music, on est loin de s’imaginer que le trio est en passe de devenir une des collaborations musicales les plus fructueuses de sa décennie. En l’espace de quatre ans, ce projet collaboratif renommé Ivy Lab multiplient les sorties de qualités, d’abord avec leur double single « Afterthought » puis avec deux excellent EP, « Missing Persons » et « Twenty Questions » ainsi qu’une poignée de remix pour Sub Focus, Lenzman, TC ou encore Mefjus.
D’abord tourné vers une drum & bass moderne aux accents liquidfunk, Ivy Lab se mue au fil des années en un style de plus en plus hybride, teinté de hip hop, de jungle et de future beat, pour finalement aboutir aujourd’hui à un premier album époustouflant.
Sorti sur son propre label « 20/20 », Ivy Lab nous offre avec ce premier LP une musique neuve et créative, voguant vers de nouvelles dimensions de la bass music.
Tour d’horizon sur cette sortie riche en surprises :

Dès les premières secondes de « Rorschach », Ivy Lab vous plonge dans son univers si particulier. Des glitchs de synthétiseurs et une voix samplée introduisent un beat hip hop et une basse lourde, pesante, ponctuée de touches sonores inquiétantes, torturés et plaintives. Formidable atmosphère.
On suit cette ligne directrice sur « Shamrock », certainement une des tracks les plus marquantes de l’album. Une basse grasse, des sonorités boueuses ainsi qu’une voix aigre et saccadée. L’ambiance est l’étrange, voire malsaine et la track dégage quelque chose d’inexplicablement oppressant. Une magnifique maitrise du son et de la composition.
Autre track marquante de l’album, « Hiya feat. Havelock » se démarque par son atmosphère très ambient, amené par un loop vocal « hachée » et hypnotique. Il s’en dégage quelque chose de très aérien à l’humeur incertaine, avec toujours cette sorte d’agressivité contenue si particulière.
On se tourne vers des vibes plus douces sur « Gettyburg » et sa basse ronde et chaleureuse, habillée par des pads brillants aux accords lancinants. On note la présence de samples de voix féminines en français, détail original et superbement amené avec l’ambiance.
On retourne vers un côté plus expérimental avec « Cherokee » ou encore «Click Clack », véritable performance de sound design partagée entre impacts métalliques et détails sonores organiques. On reconnait sans peine le style de Stray sur ces tracks, très proche de son dernier EP Paradise sorti il y a quelques mois sur Exit Records.
« No Answer » présente une facette plus footwork de l’album avec un beat complexe. La snare métallique réverbée rappelle le style d’Alix Perez tandis que les stabs nous ramènent vers des sons jungle et garage des années 90. Là encore on a affaire une basse puissante et modulante au son sale et granuleux.
La fin de l’album se radoucit et garde une veine hip hop/future beat très expérimentale avec de très beaux morceaux tels que « Woodland Princess » et ses sons de cloche envoutants, donnant une atmosphère très onirique et surnaturelle, ou encore « Microwave » et ses arpèges de métallophones sinueux. Coup de cœur pour « Voltage » et sa mélodie percussive qui semble sortir d’un vieil instrument en bois ainsi que pour « Slipped » délicieusement smooth avec ses sons d’orchestres et ses lignes de piano jazzy.

« 20/20 LDN Vol.1 » frappe fort et juste. Une sélection de seize tracks riches et innovantes qui jouent avec les influences dans une patte artistique inimitable. Un son cru et authentique au service d’une créativité qui ne se restreint nullement à la conformité trop souvent établie par les producteurs d’aujourd’hui.
Avec cet album et ce nouveau label, Ivy Lab se positionne désormais comme un leader de la scène drum & bass halftime émergeante, aux côtés de figures telles que Fracture, Machinedrum ou encore Sam Binga. Une scène qui apporte de la fraicheur à la communauté des junglists avec un mouvement qui fait preuve d’innovation et de renouvellement. On en redemande et on attend la suite les oreilles grandes ouvertes.
Charles Fourcassié