Cet été, Dnb France a eu l’immense opportunité de se rendre à Dour afin de vous ramener les sons et les images du plus grand festival de musiques alternatives de Belgique. 5 jours de concerts, 300 artistes internationaux et plus de 235 000 festivaliers, cette édition 2016 bat une nouvelle fois des records. De part son éclectisme et son aura si particulière, l’événement rentre dans un cadre idéal pour partir à l’aventure et se laisser surprendre. Intense et insolite, un festival à la croisée d’univers hauts en couleurs.
Si le line up du Dour présente une grande variété de genres musicaux, nous nous concentrerons évidemment ici sur la programmation drum & bass, qui n’est pas des moindre. En effet, parmi les neuf scènes présentes sur le site, la « Red Bull Elektropedia Balzaal » a cette année offert deux journées exclusivement dédiées à la drum & bass en plus des autres artistes de bass music répartis sur l’ensemble de la programmation.
Voici donc le journal de bord du junglist au Dour festival par Charles, envoyé spécial de Dnb France.

Mercredi 13 juillet, 9h du matin, arrivée au festival. Déjà des milliers de festivaliers attendent l’ouverture des portes sur le pied de guerre. Je me fond dans la foule avec mes compagnons de voyage, épuisés par un trajet de plus de 9h de bus depuis Toulouse. Passé la fouille et les guichets, tout le monde monte sa tente vitesse éclair.
Après une longue sieste de rigueur pour attaquer le festival au mieux de ma forme, je me dirige vers l’entrée de la plaine de la Machine à Feu afin de rentrer dans le vif du sujet. Je suis de suite frappé par la taille monumentale du site qui s’étend à perte de vue. De ça et là se dressent de grands chapiteaux colorés d’où les basses vrombissent déjà à plein régime. J’en profite pour faire du repérage et circuler entre les différentes stages.
Minuit et demi, direction « The Last Arena » (main stage du festival) pour Netsky live, premier artiste drum & bass du festival. La star du dancefloor dnb rentre sur scène accompagné de ses musiciens sur l’introduction de « Running Low ». Le drop part, la foule suit avec enthousiasme. Cependant très vite la tension redescend et le live me laisse perplexe. Si la performance des musiciens semble irréprochable, l’énergie développée n’est pas concluante. Les basses trop poussées couvrent les drums, le set tourne en rond et se perd dans les nappes de synthés cheesy. On se laisse tout de même emporter sur quelques classiques. Impossible de ne pas lever les bras et chanter à gorge déployée l’introduction de « Love Has Gone ». Malheureusement le live reste assez terne jusqu’à sa fin, trop éloigné des vibes d’un véritable set de drum & bass. Une entrée en matière donc peu concluante. Mais qu’importe, le lendemain s’annonce gigantesque, avec l’ouverture fracassante de la « Red Bull Elektropedia stage ». 

Netsky on fire

Jeudi, 16h15. Après une mise en jambe à base de post black metal français, je me rend sur l’Elektropedia qui prévoit une journée de Future Beat, Halfbeat et old school dnb particulièrement alléchante. On attaque avec SHADES, projet expérimental émergent  d’Alix Perez et Eprom. Des basses graveleuses, un groove délicieusement bancal et des atmosphères sombres. Le duo marque le set de sa signature au fer rouge et nous offre un mix original, aux sonorités fraîches. Déjà les premiers pogos font leur apparition sur les infrabasses monstrueuses de « Chiron ». On apprécie d’autant plus que le son de la stage s’avère excellent, assuré par un sound system clair, aux subwoofers très puissants mais avec une définition plus que correcte dans les fréquences aiguës.

Ivy Lab vient prendre le relais. Agréable surprise, le trio est au complet: Sabre, Stray et Halogenix s’emparent des platines pour plus d’une heure de future beat. Beaucoup de bonne humeur de la part des trois londoniens. Sabre vient prendre le micro et jouer au MC par intermittences sur les breakdowns tandis que « Spooky Dub » résonne comme un hymne sur l’Elektropedia.
S’en suit un très bon set de dBridge, entre drum & bass old school, « Exit records style » plus moderne et vibes deep rollin’ accélérant  la cadence en douceur. On notera la présence de quelques dubplates savoureuses, notamment cette énigmatique track de clôture de set, dont le groove minimaliste et les basses profondes rappellent fortement le style de Skeptical.
20h. Le soleil se couche et c’est l’heure de Dub Phizix en duo avec un MC Strategy remonté à bloc, alpaguant le public dans un français approximatif d’un solennel « Je m’appelle Strategy, je viens de Manchester, j’aime la Belgique, Je déteste le Brexit ! ». Le ton est donné. La basse 808 vient nous frapper en pleine tête dès le premier drop et les pieds se mettent à danser instantanément, entraînés par le groove du halfbeat. Des hits, tels que « Marka », « Buffalo Charge » et « Bounce », mais aussi des passages plus audacieux, tantôt rollin’ drum & bass véloce, tantôt grime pesant. A noter quelques choix de tracks surprenant comme « Highlander », morceau de Calibre de 2004 très old school. Un mix varié, plein de surprises et dynamique comme on en voit rarement.
La seconde moitié de la soirée débute avec des vibes liquid, d’abord avec Dj Marky et ses rollers funky incessants, puis avec High Contrast, dans une veine beaucoup plus dancefloor. Ce dernier jonglera entre atmosphères soul et bangers aux accents plus neurofunk. On notera un grand moment sur « Timewarp VIP » de Sub Focus, classique indétrônable qui retournera la fosse de l’Elektropedia dès ses premières notes.
Roni Size mixera dans cette continuité avec un set là aussi très éclectique, mêlant ragga jungle, neurofunk et halfbeat. Un set efficace, néanmoins beaucoup moins personnel que la plupart des artistes présents ce jour là. Une tendance persistante chez les djs jungle de la première heure qui préfèrent désormais mixer des tracks dans l’air du temps, au détriment de leur patrimoine musical. Simultanément à quelques pas de là sur la « Last Arena », on retient également la performance live bluffante des Prodigy, certainement l’un des lives les plus fédérateurs du festival regroupant une bonne partie des festivaliers.
C’est enfin au tour des légendaires Bad Company de clôturer la soirée avec un set neurofunk old school à couper le souffle. Dj Fresh, Vegas, dBridge et Maldini se donnent à cœur joie de faire jumper le Dour sur des incontournable du quator: « The Nine », « Planet Dust », « Seizure »… Chaque drop semble raconter l’histoire de la drum & bass pièce par pièce. Final explosif avec « The Pulse (The Prototypes remix) », achevant le dancefloor. Une apothéose bienvenue pour terminer cette première journée sur l’Elektropédia.

Meilleurs artistes de la journée: Dub Phizix & Strategy, Bad Company UK
Track la plus jouée: Shield – My Flava

Dj Marky prend le selfie avec Dub Phizix & Strategy

Le vendredi s’annonce beaucoup moins dense et me laisse le temps de voyager entre les stages jusqu’au soir à la découverte de nouveaux artistes.
23h. Petit crochet vers la mainstage pour assister au set de Birdy Nam Nam, assez mitigé. L’énergie tarde a venir et le beat s’enlise dans une sorte de trap pesant. On retiendra tout de même le remix live de « Goin’ In (Skrillex Goin’ Hard Mix) », très attendu par la foule.
Je me rend ensuite sur la cannibal stage, dédiée aux musiques extrêmes, pour le set de Doctor P. Voguant entre brostep 2011′ et riddim tranchant, le mix se place incontestablement comme l’événement le plus brutal du festival. La foule enragée forme dès le premier drop un gigantesque moshpit digne d’un concert de punk hardcore. Tout le chapiteau chante en cœur sur l’introduction de « Tetris » et jump sur « Flynig Spaghetti Monster ». L’énergie monte encore d’un cran alors que le mix switch sur du jump up agressif.
Je migre finalement vers « La petite Maison Dans La Prairie » pour assister au live de Congo Natty. Un set en demi-teinte, marqué par de bons moments, comme l’euphorie générale déclenchée par « Tarantula » de Pendulum, mais aussi par beaucoup de passages à vide, de longues coupures et de discours cassant considérablement l’impact de la prestation. S’ajoute à cela le système son de la stage inadaptée, manquant cruellement de basses. On retient cependant la qualité des deux vocalistes accompagnant le DJ, assurant une performance de qualité.

Vient enfin le samedi, avant-dernier jour du festival, pour la session finale de drum & bass sur l’Elektropedia. Un plateau cette fois beaucoup plus axé neurofunk, regroupant ce qui se fait de mieux en terme de drum & bass moderne et puissante.
James Marvel ouvre la journée sans ménager la fosse, avec un set nerveux en compagnie de MC Mota et son flow jungle véloce. Déjà des colonnes de poussière s’élèvent des premiers rangs sur « Gambino VIP » de DC Breaks.
On change momentanément d’ambiance avec Maduk qui nous livre un set dancefloor catchy, aux nappes de synthés cheesy et aux vocaux épiques. Des vibes estivales très raccords avec le soleil d’été qui tape la stage de plein fouet.
Le tempo ralentit mais la puissance s’accroît sur Dope D.O.D. Entre live hip hop et drum & bass halfbeat grasse et pesante, les néerlandais s’imposent d’entrée de jeu et se mettent rapidement le public en poche. « Blood Shake », « What Happened », « Rocket »… beaucoup de hits qui retournent la fosse, portés par la prestance des deux MCs très en forme. La fosse perd son sang froid sur « Godzilla (Audio remix) » et part en pogo, tandis que le DJ quitte ses platines pour venir devant la scène s’allumer un pétard plus long que la main, badman attitude oblige’.
C’est ensuite au tour de Phace de faire son entrée. L’allemand ouvre son set sur son nouveau single « So Excited » puis part dans un set de neurofunk pur et dur, partagé entre des nouveautés comme « Lit Up » et des tracks plus classiques comme « Sex Sells ». On notera même un peu de jump up avec « MUST DIE! – Hellcat (Annix remix) », particulièrement appréciée.
The Upbeats vient ensuite prendre l’Elektropedia à gorge avec un mix rapide et groovy, sans concessions. « Mr Kink », « Big Skeleton » « Dungeon » ou encore « Rituals » soulèvent la fosse qui se défoule à grand coups de « circle pits » et autres « wall of death » martiaux. Impressionnant de constater à quel point le duo néo-zélandais reste d’une qualité constante en matière de prestations scéniques. Un grand moment de drum & bass !
22h. Mefjus prend la relève et reste dans cette même veine. Beaucoup de hits comme on peut s’y attendre, tels que « Misanthrop – Collapse » ou encore « Audio – Headroom VIP », mais aussi quelques dubplates croustillantes comme « Mefjus & June Miller – Saus VIP » et des tracks plus old school telles que « Noisia & Phace – Crevice » et « Noisia – Block Control VIP », le tout mixé avec le goût et technicité habituelle du personnage.
On monte encore en puissance avec la « Blackout showcase », b2b d’une heure et demi entre Black Sun Empire, State Of Mind et Neonlight. La fosse se transforme en champ de bataille, « Telekinesis feat.Coppa – Fight Club (Pythius remix) et « Mind Vortex- Gravity » ravagent l’Elektropedia à coup de rouleaux compresseurs. Le mixe piochera largement dans le catalogue Blackout avec des tunes plus ou moins récentes, offrant une rétrospective du label assez intéressante.
Blackout laisse la place à Spor, qui vient trancher avec un set au son plus spacieux et aux drums old school. L’énergie redescend mais le set s’avère bien mené et varié. Des bangers comme « Dead Limit », des classiques comme « Aztec » et des morceaux plus récents du producteur comme « Full Colour » et « The Hole Where Your House Was ». On notera même un fin de set en mid-tempo dans le style « Spor 2010″ avec comme final le tout frais « Collider » de Noisia, terriblement efficace en set.
Audio et Gridlok viennent fermer cette journée par un b2b brutal et épileptique. Double drop sur double drop, le mixe enchaîne les bangers sans pauses et achèvera même les plus en forme. Beaucoup de tracks extraites du nouvel album d’Audio, mais aussi des choses plus surprenantes comme « The Prodigy – Voodoo People (Pendulum remix) ». Un set idéal afin de clôturer la programmation drum & bass du festival par un excès de violence frôlant l’indécence. On regrettera tout de même le volume sonore assez ahurissant de cette dernière prestation, qui aurait méritée quelques décibels en moins pour plus de confort (mes oreilles pleurent encore des larmes de sang).

Meilleurs artistes de la journée: The Upbeats, Blackout Showcase
Track la plus jouée: Noisia – Anomaly

 The Upbeats sur l’Elektropedia

Au delà de la drum & bass, on retiendra également de nombreux concerts de qualité comme la surprenante Colonie De Vacances et ses quatre groupes jouant simultanément, le stoner seventies de Kadavar, la bass house énervée de Jauz ou encore le hip hop sombre et déjantée de Ho99o9.
Un festival riche à la programmation pointue regroupant des artistes légendaires aussi bien que des musiciens en devenir. L’accent mit sur la qualité de la performance scénique rend l’événement très dynamique, aussi bien additivement que visuellement. De part sa diversité, le festival fédère une population hétéroclite qui favorise l’esprit de rencontre et de partage. On apprécie et on recommande vivement le Dour à ceux qui souhaitent vivre une aventure musicale et humaine hors du commun. Merci aux soutien des personnes croisées sur le site portant des t-shirts Dnb France, c’est un grand honneur de voir la bannière de notre communauté arborée aux delà de nos frontières. En espérant vous retrouver encore plus nombreux l’année prochaine, large ups !
Charles Fourcassié