Disprove
Damage EP
Sorti le: 26/09/2016
Eatbrain
 Nous le citions plus tôt dans l’année dans un article regroupant les newcomers les plus prometteurs du moment et c’est finalement cet automne que les choses se concrétisent : Disprove revient avec un EP de neurofunk technique et brutal.
Depuis ces débuts sur la scène drum & bass avec Ammunition Recordings jusqu’à ses productions neurohop plus récentes sur Caliber Music, le jeune italien a su démontrer un goût certain pour la bass music agressive au travers d’une grande maîtrise de la texture sonore. Son retour vers le neurofunk marqué en 2013 par la sortie du titre « Lockheed » en collaboration avec Teknian et Ordure ouvre pour Disprove de nouveaux horizons, bénéficiant de l’attention de noms influents tels que Noisia.
Après une poignée de singles sur Methlab, Critical et Invisible, Disprove pose désormais sa griffe sur Eatbrain avec Damage EP, première sortie quatre titres du producteur.
Penchons-nous en détail sur cette release massive avec une analyse track-by-track :

Disprove – Two Faced

Le propos s’annonce sans détour. Disprove rentre en matière avec un roller coup de point au groove ravageur. L’introduction atmosphérique pesante annonce un drop marqué de basses modulantes épaisses qui ondulent de manière complexe. On retrouve des sonorités caractéristiques du producteur, comme ces basses rondes présentes sur les fins de boucles qui rappellent celles d’ »Arkaik Twelve ». Aucun détail n’est laissé au hasard, chaque break est soigné et riche en contrastes. On constate immédiatement un niveau de production exceptionnel.

Disprove – Damage

« Damage » se place incontestablement comme la track phare de l’EP. Le build up agrémenté d’un court kick roll laisse place à une reese lourde, au son distordu et gras à souhait. Des plucks percutant viennent se faufiler entre les basses pour faire parfaitement rebondir la rythmique. Ici encore le soucis du détail est remarquable, notamment dans les éléments de la drumline comme ces discrètes cymbales ride qui apportent du naturel et de la couleur au drop. On retient également quelques roulements de kick très bien exécutés rappelant la double pédale d’une batterie acoustique, un effet malheureusement trop souvent maladroitement amené dans le neurofunk.

Disprove – Supernatural

On retrouve sur « Supernatural » des composantes assez similaire avec cette pattern de basses pulsative très entraînante et ses kicks en contre-temps. La composition et le son rappelle le style des russes « Concept Vision & Segment », notamment aux tracks « Deserted » et « Roar ». Le jeu sur l’image stéréo de la bassline est assez interessant, alternant entre des élements centrés et des modulations plus spacieuses, en partie créés par des effet de phasing et des reverbs courtes.

Disprove – Cosmic Law

Le rideau se ferme sur « Cosmic Law » et son avalanche de violence tout à fait indécente. On retrouve une drumline très groovy jouant sur les contre-temps avec une basse à la texture vocale rugissante. L’arrangement et les sonorités « Disproviennes » laisseront les amateurs du producteur dans leur zone de confort. Un banger terriblement efficace rappelant « FRQNCS » dans une formule plus épurée et sans concessions. Âmes sensibles s’abstenir.

Comme souvent chez Eatbrain, on reste sur des canons de composition ultra classiques qui taillent un neurofunk qui va droit au but, et c’est ce qu’on aiment chez eux. Des atmosphères sombre, une identité sonore bien définie et des drops douloureux, on identifie le label tout autant que le producteur sur Damage EP qui nous offre un Disprove qui ne s’est jamais montré aussi énervé. Le format d’un EP court est judicieux et permet de ne pas se lasser de l’opus que l’on écoute sans fatigue. Les fervents amateurs de minimalisme et de profondeur seront certainement déçus de ne pas retrouver les vibes de tracks telles que « The Lab » et Negative Dots », cependant il faut garder à l’esprit que le propos ne s’y prête pas ici.
Un EP encourageant pour Disprove qui permet de mesurer pleinement le talent du producteur avec une sortie qui va plus en profondeur qu’un simple single ou une collaboration isolée.
Charles Fourcassié