Créé en 1990, Moving Shadow fait partie de ces labels, aux côtés de Metalheadz ou Renegade Hardware, qui ont permis à la drum & bass d’être ce qu’elle est aujourd’hui. Disparu depuis 2007, son histoire et son héritage sont parfois oubliés notamment des plus jeunes. Heureusement, DNB France est là pour une piqûre de rappel.

« La vérité, c’est que je crois que mon tout premier vinyle de jungle était un Moving Shadow » révèle Le Lutin, acteur historique de la scène drum & bass française et membre du trio toulousain Signs. « C’était le premier label à produire de manière professionnelle et à monter la scène d’un niveau » continue-t-il. Lancé en 1990 par Rob Playford dans sa maison de Stevenage en Angleterre, Moving Shadow a bousculé la scène jungle/drum & bass. Tout a commencé en 1991 avec la sortie de l’EP Psychotronic du trio acid-house Earth Leakage Trip. Un EP qui sera suivi par environ 300 autres sorties jusqu’en 2007. Au début, le label affiche clairement une orientation musicale acid-house/hardcore. En figure de proue, 2 Bad Mice fondé par Rob Playford, Sean O’Keeffe et Simon Colebrooke. Leur titre Bombscare fera son effet dans les raves party et atteindra même la 46ème place de l’UK Singles Chart en 1996.  Rapidement, les premiers morceaux jungle font leur apparition sous l’impulsion de Foul Play, Deep Blue ou encore Omni Trio. Ce dernier sortira d’ailleurs en 1995,  The Deepest Cut, l’un des premiers albums jungle de l’histoire. Une jungle qui fait la part belle à l’Amen Break, célèbre sample de batterie.


Vers la drum & bass

La fin des années 1990 va marquer un tournant musical pour le label et pour la scène drum & bass en général. Fini l’amen break qui  laisse sa place à des breaks originaux et mieux produits. En même temps, le tempo augmente pour atteindre les 175 BPM en moyenne. C’est l’avènement de la drum & bass. Chez Moving Shadow, on voit débarquer de nouveaux producteurs qui proposent des sons à la fois plus sombres ou plus funky-jazz. De même que les différentes compilations mixées par Playford sous son alias Timecode, Technical Itch, Dom & Roland ou encore E-Z Rollers et Guardians Of Dalliance incarnent cette polyvalence sonore caractéristique du label. Le changement de millénaire sera aussi l’occasion pour Moving Shadow de marquer de son empreinte des milieux plus inattendus. Les gamers assidus de GTA III n’ont surement pas oublié la station MSX FM qui diffusent uniquement des morceaux du label. Tout comme ceux de Rollcage Stage II qui ont pu piloter des voitures futuristes sur une bande-son exclusivement réalisée par des producteurs de l’écurie anglaise. Enfin, c’est au cinéma qu’on aura l’occasion d’entendre un morceau d’E-Z Rollers. Dénommé Walk This Land, il figure dans la bande originale du très comique « Arnaques, Crimes et Botanique » de Guy Ritchie et restera leur plus grand succès.

Découvreur de talents et source d’inspiration 

On l’oublie mais Moving Shadow a servi de rampe de lancement pour de nombreux producteurs qui cartonnent encore aujourd’hui. Calyx et Teebee ont fait leurs premières armes séparément sur le label et c’est d’ailleurs en son sein qu’ils se rencontreront. Déjà à l’époque, les deux comparses se distinguent par une drum & bass influencée tech-step. A noter aussi, la sortie de l’EP Block Control en 2005 par Noisia. Un morceau qui fait encore des ravages sur les dancefloors. Les durs à cuire Gein et Counterstrike font également partie des derniers producteurs à sortir un EP sur ce label légendaire qui fermera ses portes en 2007.

« J’ai un respect de fou pour ce label qui a eu une grosse influence sur moi » confie  Youthman, MC et DJ vétéran touche à tout. A l’instar de Youthman et du Lutin, beaucoup de producteurs et DJ ont prêté allégeance à la jungle/drum & bass en partie grâce à Moving Shadow. Dans le podcast D&B Arena numéro 200 consacré aux morceaux qui ont convaincu les producteurs et DJs de s’impliquer dans la drum & bass, le duo Camo & Krooked explique pourquoi Can’t Punish Me  de Dom & Roland les a transformés. « C’est le premier morceau de drum & bass qu’on ait entendu et il sonne toujours aussi frais aujourd’hui. Probablement, le meilleur jamais fait » explique les deux autrichiens. Et ils n’ont pas tort. Certains morceaux sont encore d’actualité et ce n’est pas rare d’entendre en soirée  le remix de Renegade Snares par Foul Play par exemple. Helicopter Tune de Deep Blue fait également encore réagir les foules comme en témoigne certains live de Shy FX. Pas complètement disparu, l’ombre de Moving Shadow plane encore sur le parquet des clubs.

Quelques morceaux: