Gridlok
Z3RO HOU2
Sorti le: 26/05/2017
Blackout music
Réel pionnier du neurofunk, Gridlok se place comme l’une des figures les plus respectées de la scène actuelle. Avec une discographie conséquente comprenant des classiques tels que « Standing Room Only », « Moodswings » ainsi que « Bottomfeeder », le producteur californien s’est forgé en plus de quinze ans une solide réputation aux côtés de noms tels que Shy Fx, Pendulum, Dom & Roland, ainsi que son compagnon invétéré Prolix.
Fanatique du son analogique et de l’expérimentation, le vétéran de la West-Cost partage depuis 2003 son amour de la drum & bass aggressive sur son label Project 51, sur lequel on retrouve également The Upbeats, Soul Intent, Cern ou encore Signs plus récemment.
Après quatre albums signés sur Project 51, c’est finalement chez les néerlandais de Black Sun Empire que Gridlok sort son nouvel opus « Z3RO HOU2″, un concentré de drum & bass sombre et techy, aux sonorités acides et mécaniques teintées d’un groove old school irrésistible. Entre une patte artistique héritée des premières heures du techstep et une qualité de production à la hauteur des artistes neurofunk les plus avant-gardiste du moment, le producteur tire habillement son épingle du jeu.



L’album commence très fort avec « Cold World », en collaboration avec Optiv, introduit par un pad chargé de tension dont la sonorité low-fi rappelle les premières heures de Ed Rush & Optical. Le drop part en apportant avec force et fracas une déferlantes de basses modulantes granuleuses ponctuées de stabs appuyant magnifiquement le beat, à la façon de Phace.

« Germ » confirme l’influence de Ed Rush et Optical: la track pourrait se nommer « Chubrub 2017″ tant les basses « bouncy » rappellent cette dernière. Mais loin de tomber dans la pale copie, Gridlok apporte ici de la fraîcheur avec cette version sur-vitaminé, moderne et résolument neurofunk. En somme, un « lifting » bien pensé pour un classique d’envergure. Les références old school ne s’arrêtent pas là, on note aussi Scamp (feat. BTK), qui est un clin d’oeil explicite à Pacman (Ram Trilogy Remix).

« Cybercrime » se place dans une trame plus actuelle et extrême, avec ses basses saccadées rapides, qui roulent sur la drumline comme un rouleau compresseur. Plus proche de l’esthétique actuelle de Blackout, la track est un banger incontestable qui a déjà prouvé aux court de ses derniers mois son efficacité redoutable en set. On retrouve également des inspirations dans l’air du temps sur « Vault Dweller » en duo avec Black Sun Empire, qui se caractérise par ses mid basses grinçantes qui ondulent avec des effets de phaser à la texture lugubre.

L’opus est parsemé d’une poignée d’autres collaborations, telles que le terrible « Red Six » avec Mindscape dont la drumline rapide rappelle son album « Martian Chronicles » sorti sur Commercial Suicide, ou encore « Long Weekend » avec AK1200, aux sonorités aigres et « twisted », portées par une basse vocodée singulière.
Mention spéciale à « Gunrunner » en colaboartion avec Hive, dont le groove, les sons de batterie acoustique et les synthétiseurs aux textures de pédalier « wahwah » rappellent les anciennes track de Audio, une vibe qui a de quoi rendre nostalgique.

Gridlok affirme aussi son attachement aux racines du neurofunk sur les tracks telles que « Mindreader » et sa longue introduction atmosphérique, « Synthetic Blue » déstructurés dans une veine Metalheadz ou encore « Trust » et ses breaks façon Renegade Hardware.

Avec « Z3RO HOU2″, Gridlok montre sa capacité à se renouveler tout en conservant un attachement fort aux premières heures de la drum & bass. Un son définitivement teinté de techstep des années 2000 manié avec un goût certain. On remarque une attention particulière portée aux passages atmosphériques ainsi qu’une technique très développée sur la programmation des drums et percussions. Un album étonnant dans ses choix esthétiques et rafraîchissant pour un label tel que Blackout, qui depuis quelques années tend à se tourner à tout prix vers un son brutal et futuriste, cependant de plus en plus lisse et sans surprises au fil des sorties.

 

Charles Fourcassié