Avec ses rollers sombres et groovy, Samy Ponsar, alias War, s’impose comme l’un des principaux ambassadeurs français de la drum & bass sur la scène internationale. Sa signature sonore a déjà su séduire les plus grands de la communauté underground tels que Horizon, Samurai Music, Demand records et aujourd’hui Dispatch recordings avec Come Cross EP, un quatre titres qui représente certainement la sortie la plus personnelle et aboutie du producteur à ce jour.
Expatrié depuis quelques années en Angleterre, le montpelliérain opère désormais au coeur de la machine et aspire visiblement a nous offrir le meilleur de ce qui fait l’identité de la drum & bass anglaise : des rythmiques cisaillées avec précision, des basses sombres et puissantes, une atmosphère unique et pesante… un concentré qui transpire l’âme des clubs de Stokes Croft.
Dnb France est allé à sa rencontre pour parler passé, avenir, Bristol, France, création et musique… 

 

Salut Sam et bienvenue sur Dnb France ! Après CIA, Commercial Suicide et Methlab, tu reviens aujourd’hui sur Dispatch avec « Come Cross EP ». J’ai tout de suite été marqué par le visuel. Pourquoi le choix de cette photo ? Qui sont les personnages sur l’artwork ? J’ai entendu dire que l’EP était rattaché à une histoire particulière…

Salut ! Cette photo a été prise par ma mère vers fin 1996, je crois. Il s’agit de Tyrone Downie et moi-même. Tyrone Downie a été le claviériste, arrangeur et directeur artistique de Bob Marley & The Wailers. Il a rencontré mon père, alors ingénieur du son, à l’occasion de la production d’un disque de reggae enregistré à son studio attenant à ma maison. Tyrone a ensuite passé quatre ans de sa vie à la maison histoire de prendre du recul. Sa présence m’a exposé à d’excellentes influences musicales à une période importante de ma vie, et les 4 morceaux de cet EP s’en ressentent particulièrement. Le travail de mon père était principalement axé Rock et c’est Tyrone qui lui a expliqué l’importance d’acheter un subwoofer tout en amenant la musique de l’époque qui s’y prêtait. J’ai donc décidé de lui exprimer mon respect au travers de la pochette. Par pure coïncidence, il a joué il y a quelques mois à Bristol et j’ai profité de cette occasion pour aller prendre de ses nouvelles et lui demander son accord, qu’il m’a donné. Il m’a d’ailleurs appelé il y a quelques jours pour me dire qu’il avait beaucoup aimé les morceaux, c’est donc doublement validé !

Incroyable ! Un bel héritage culturel et musical…

Revenons maintenant sur ta musique. Si on regarde tes sorties de ces dernières années, on te retrouve très souvent en collaboration avec Hydro, Mateba ou encore plus récemment avec Total Science sur The Reign EP : Est ce que le fait de faire une release solo a été motivé par la volonté de développer quelque chose de plus personnel ? Est-ce que tu travailles différemment quand tu es seul sur tes productions ?

Étant quelqu’un de très autodidacte, j’ai toujours été très indépendant dans le développement de ma production, mais j’ai aussi eu beaucoup de réussite et de chance pour ce qui est de s’entourer d’artistes talentueux qui m’ont aidé à grandir artistiquement. Mateba, tout d’abord, est la première personne que j’ai rencontré dans mon entourage immédiat étant ado qui avait cette volonté de comprendre comment faire de la très bonne musique. Nous avons formé Arma avec Overlook et cela a donné naissance à nos premières releases vinyles notamment avec Samurai,ce qui nous a donné une réelle confiance en nous pour poursuivre nos efforts dans la musique. C’est au travers de ce projet que Hydro, dont le nom a très tôt dans ma découverte de la Drum & Bass été synonyme pour moi de qualité, nous a repéré sur internet et a exprimé son intérêt à nous rencontrer puis travailler avec nous à Montpellier en 2011. C’est à ce jour mon plus proche allié et collaborateur. Cependant, après de nombreuses années à faire naître des projets avec eux et beaucoup d’autres, et malgré des releases solo sur Metnem et Methlab il y a un petit moment, j’ai réalisé qu’il fallait aussi montrer ce dont j’étais capable sur un EP sans featurings ni remix et j’avais les morceaux pour ça.

C’est un vrai confort de pouvoir s’appuyer sur l’avis d’un autre artiste quand il s’agit des choix critiques concernant l’arrangement et le mix d’un morceau. Il est donc très différent d’avoir à décider de tout, ce qui a mon sens prend beaucoup plus de temps que sur une collaboration, mais je suis très fier de pouvoir présenter ma vision et je remercie Ant TC1 pour la confiance qu’il ma accordé dans l’établissement de ce projet.

 

Avec ce nouvel EP tu sembles d’ailleurs affirmer encore d’avantage ton style musical. J’adore la façon que tu as de structurer tes tracks de manière très progressive, sans ruptures dans l’arrangement, comme sur Heat par exemple où le drop est peu marqué et laisse de la place à l’atmosphère. C’est typiquement le genre de procédé qu’on retrouve sur des styles plus progressifs que la drum & bass, comme la techno, l’ambient. Où vas-tu puiser ton inspiration ?

Merci pour les compliments ! Je ressens parfois un peu de frustration quand j’entends des tracks qui commencent de manière très atmosphérique pour ensuite aboutir à un drop abrupte totalement dénué de toute musique, d’une manière parfois forcée. C’est ma réponse à cette tendance, une manière d’essayer de montrer que la construction d’une ambiance de manière progressive peut avoir tout autant d’effet sur l’auditeur sans avoir à faire de compromis.

Mon inspiration vient de toutes les musiques auxquelles je suis exposé et dont je n’essayerai pas de faire une liste. Dans ce cas précis je dirais que le hip hop se rapproche le plus de ce type d’écriture dans le sens où le thème musical ne s’arrête généralement pas après l’intro mais au contraire porte l’identité du morceau.

 

 J’ai entendu dire que tu as récemment quitté la France pour partir vivre à Bristol, véritable berceau de la culture breakbeat au sens large et ville reconnue pour sa constante effervescence. Je me souviens que déjà en 2016 tu jouais pour Collective (crew qui comporte entre autres Hydro, Break, DLR et Total Science) au Crofters Rights à Bristol. Est-ce que les choses sont différentes depuis ton départ ? Quel est ton ressenti sur l’Angleterre ?

J’habite à Bristol depuis maintenant trois ans et cela a été une des meilleures décisions de ma vie. Après avoir essayé de grandir en tant qu’artiste Drum & Bass à Montpellier, il est vrai que le manque d’intérêt au niveau local a pu m’affecter. Cela m’a fait beaucoup de bien de me retrouver au sein d’une scène en bonne santé avec une réelle ferveur pour ce style de musique qui, il ne faut pas l’oublier, a passé son pic de popularité bien que l’avenir semble de plus en plus radieux ces temps-ci. J’ai rencontré de nombreuses personnes à Bristol, en particulier grâce aux soirées Collective qui ont été le principal moteur de mon choix de déménager dans cette ville dès que j’ai appris leur naissance. Je suis convaincu qu’il s’agit en 2018 de la capitale de la Drum & Bass, et le crew avec qui j’ai l’honneur de traiter au jour le jour concentre à mon sens le meilleur de ce qui se fait dans le monde.

 

Et je ne peux qu’approuver ton ressenti, une scène musicale fascinante !

Comment le rapprochement s’est-il produit avec l’équipe de Dispatch recordings ? Tu étais en contact avec eux avec de partir en Angleterre ?

J’avais déjà sorti avec Dispatch en 2013 un morceau avec Hydro & Mateba appelé Entropy sur la compil Transit 2, mais je ne m’étais encore jamais rapproché d’eux pour une release complète à mon nom. C’était évidemment quelque chose qui me trottait dans la tête. J’ai souvent l’occasion de croiser aux soirées Collective Alex Onset, qui travaille pour Dispatch et qui a beaucoup œuvré pour la mise en place de mon projet.

 

Est ce que tu gardes de bons contacts avec la scène drum & bass française ? Est ce qu’il y a des artistes, des labels, des collectifs français que tu suis particulièrement ?

Je suis également ingé de mastering, et au travers de cette activité je travaille avec les labels Hyperactivity de BRK et Impact de McFly, donc j’ai l’occasion d’entendre certaines des meilleures productions françaises en avance. Cela me procure parfois beaucoup de satisfaction quand je me souviens qu’à l’époque où je débutais, j’avais des difficultés à connecter avec des artistes nationaux dans la même veine que moi. Je suis aussi resté en étroite relation avec Gunston de Cannes, avec qui j’ai travaillé sur quelques morceaux qui je l’espère sortiront bientôt. Docta Roots de Lyon, qui habite maintenant au Japon, a toujours fait l’effort de prendre des nouvelles. Il a soutenu mon parcours depuis le début. Je reste très soudé avec mes collègues montpelliérains Mateba et Sk4nZ et quelques collabs devraient naître cet été. Enfin, j’en profite pour attirer l’attention sur Naibu qui est à mon sens un de nos trésors nationaux dans cette musique, et qui me fait systématiquement baliser quand j’entends ses dernier morceaux.

 

En 2010 tu as 17 ans, Breakage joue ta track Rafale dans son BBC1 essential mix : plus de 8 ans plus tard, comment tu perçois l’évolution de la scène drum & bass ? Et à titre personnel, comment as-tu fais évoluer ta musique ?

C’est clairement la track qui m’a donné le plus envie de persévérer vis à vis de la réception qu’à eu la scène à son égard, après l’avoir envoyé à droite à gauche tant bien que mal sur AIM depuis mon studio chez mon père à Montpellier. C’était à ce moment que je parlais avec d’autres artistes qui étaient comme moi sur Broken Audio (big up DBR UK) tels que Skeptical, DLR, Amoss, et bien qu’à l’époque ils n’étaient pas spécialement connus, j’ai un réel plaisir à constater que désormais ils ont tous un certain succès. Ma conclusion après 8 ans est donc qu’il faut prêter particulièrement attention aux petits artistes qui n’ont pas encore de notoriété, car il existe au fil de l’évolution de la scène des bulles de créativité qu’il faut nourrir et auxquelles il faut donner l’occasion de se présenter.

Personnellement, je continuerai toujours à créer de la même manière, c’est à dire en essayant de faire des morceaux qui n’existeraient pas sans moi et que j’aimerais entendre. Je sais que ça paraît simpliste comme explication mais c’est la seule boussole que j’ai. Je n’ai aucune envie de créer des tracks que d’autres seraient capables de faire.

Une philosophie de la musique intéressante et inspirante en matière de création…

Pour finir, que peut-on attendre de toi dans le futur, tu travailles déjà sur de nouveaux projets ?

Après la sortie de mon EP devrait suivre assez rapidement le Lateral Thinking LP de Hydro que j’ai entièrement co-produit (certaines tracks avec Mateba), dans un fonctionnement assez 90’s où il est arrivé avec sa vision que j’ai réalisé de la manière la plus pointue possible. Le LP sortira sur le label Utopia Music de Mako. Ensuite, la priorité sera de lancer un label avec Hydro. Nous avons en plus de tout ça une collab avec DLR qui sortira sur son label Sofa Sound. Il y a aussi pour ma part un projet d’EP avec M-zine & Scepticz que j’ai eu l’occasion de rejoindre en Belgique. J’ai également reçu dans les dernières semaines des mains tendues de quelques labels importants donc j’ai déjà hâte de pouvoir présenter plus de musique (solo mais pas que) dans un futur proche.

 

Merci à War et à Dispatch recordings de nous avoir accordé cette interview. l’EP « Come Cross » est désormais disponible via le webstore du label: War – Come Cross EP (Buy Link)

Crédits : Charles Fourcassié