On se retrouve aujourd’hui avec le DJ et producteur Peyo, vétéran parmi les activistes de la scène toulousaine. Fort de son retour sur le devant de la scène, il nous parle de sa dernière release, « Elevate EP », sorti sur le label marseillais Hyperactivity Music. Un concentré éclectique de Drum & Bass à mi-chemin entre les différentes esthétiques du genre. Retour sur son parcours et son actualité…

 

Salut Peyo et bienvenue sur DNB France ! On te retrouve au terme d’une année 2018 riche avec ‘Lost Paradise EP’ sur Liquid Flavours et tout récemment ‘Elevate’ sur le label marseillais Hyperactivity. Un retour sur le devant de la scène après quelques années plus timides en termes de sorties. Peux-tu nous en dire plus sur ce regain de productivité ?

Salut, merci pour l’invitation ! Clairement le contexte perso joue. J’ai pu me dégager plus de temps pour la prod, soutenu par mes proches. J’en avais besoin, ça me manquait ! Et puis des connexions, des échanges, des sollicitations qui m’ont motivé, des commandes, des échéances. Une saine pression avec une vraie envie derrière et du temps pour produire.

 

Cela fait maintenant plus de 20ans que tu fais partie de la scène française, avec par le passé des sorties sur de prestigieux labels tels que Bingo et Goodlooking, et pourtant certains promoteurs te qualifient encore actuellement de ‘Newcomer’, ce qui prête à sourire quand on connait ton parcours. Peut-on parler d’une « nouvelle jeunesse » ?

Effectivement, et j’ai assez d’humour pour m’en amuser ! Nouvelle jeunesse, je ne sais pas. En tout cas, cela signifie que ma musique touche un nouveau public et reste actuelle, bien que je sois un « ancien ». Je reste très attentif aux nouvelles sorties. Je rencontre, j’échange, je joue avec de vrais newcomers tel que Monty, Trail, etc. Je m’essaie aussi à de nouveaux outils, j’apprends et cherche à trouver de nouveaux sons, de nouveaux beats. Je ne vais pas parler d’une quête, mais plutôt d’une passion qui reste intacte… Plus qu’une nouvelle jeunesse, disons que je garde ma fraicheur, mon enthousiasme des débuts!

Tu as vu passer plusieurs générations de junglists, que ce soit au sein du Vandal Crew ou plus antérieurement avec le Dragon Kru. Où, quand, et comment tout a commencé pour toi ?

Si je vous donne une date, là pour le coup, je vais vraiment passer pour un ancien! À 10 ans, je faisais des enchainements avec les chaines HIFI double lecteur K7 (pour ceux qui connaissent) ! De là à dire que je mixais sur K7, il n’y a qu’un pas… Mais plus sérieusement ça démarre avec les raves quand j’étais au lycée. C’était le début des DJs ici, ça m’intriguait. Trop souvent le son ne me plaisait pas, alors j’ai longuement observé les gars pratiquer. J’ai appris en autodidacte à mixer avec des vinyles pour avoir le son que je voulais. Puis je décide de partir à Londres pour trouver des vinyles de Breakbeat et Electronica. Là bas je découvre la Jungle. On ne parlait pas encore de Drum & Bass ! J’ai accroché direct: « c’est quoi cette musique de dingue aux bases Reggae ? ». Je retrouvais l’esprit des Sound System jamaïcains avec en même temps un coté rave party, plus électronique. Et ça s’enchaine, des potes qui me trouvent talentueux, qui m’encouragent à poursuivre… Kush du Dragon Kru également, que je rencontre chez un disquaire et qui kiffe les vinyles que je prends. Il me propose de faire leur première partie puis d’intégrer le crew pour notre première soirée au Bikini.

 

A plusieurs reprises, tu as joué différents styles dans tes sets (UKG notamment). Produis-tu autre chose que de la Drum & Bass et qu’écoutes-tu à la maison ? Quelles sont tes inspirations ?

Je me suis toujours nourri de musiques variées. En effet j’ai joué plusieurs styles pour mon plaisir, pour le challenge ou pour suivre mon inspiration à ce moment là, mais aussi pour m’adapter à des contextes un peu différents. J’ai pu en effet mixer sur du cinéma muet à mes débuts, ou plus récemment pour le vernissage du graffeur Moon, en journée ou en soirée, pour un public averti ou moins adepte. C’est stimulant aussi d’avoir à conquérir un nouveau public, d’être là où on ne t’attend pas. La prise de risque, ça fait partie du délire, du mien en tout cas ! Faire un set dans lequel je mixe trois morceaux en même temps, caler un double drop à un moment moins évident par exemple.

 

Parlons un peu de ce nouvel EP : quatre titres avec presque autant de styles différents, on y entend du Liquid, du Roller orienté Dancefloor ou encore moins habituel, du Half Time ! Etait-ce une volonté de ta part que de montrer que tu pouvais élargir ta palette de production ?

Comme je le disais, j’écoute de tout, et j’aime varier les plaisirs. Donc une volonté, une inspiration et pourquoi pas une revendication ! Parce que ça m’a été reproché, comme si faire autre chose que de la drum et de la jungle faisait de moi un artiste sans identité. On en parlait tout à l’heure : la prise de risque, elle paie ou tu la paies, peu d’alternatives possibles ! Alors là j’ai eu envie d’assumer, d’aller au bout de mon inspiration, soutenu par BRK dans ce projet, qui m’a suivi à fond.

 

D’ailleurs, comment s’est passée la connexion Marseille-Toulouse et notamment avec BRK pour la conception et la sortie de Elevate EP ?

Fluide, simple. Il a beaucoup aimé mon EP sur le label américain Deconstructed, du coup il m’a contacté et m’a proposé de lui envoyer quatre titres. Ce que j’ai fait, j’ai sélectionné les tracks qui à mon sens allaient bien ensemble pour un EP, bien que différentes. Je lui ai quand même demandé d’abord s’il était chaud pour un morceau Half Time. Pas trop le style du label jusqu’à présent, mais curieux, il a écouté et validé. Il n’y avait plus qu’à envoyer au mastering.

 

Comment perçois-tu l’évolution de la scène aujourd’hui ?

Quelle effervescence ! Plein de nouveaux talents, de « ptits jeunes » (Je peux le dire vu que je suis un ancien) tel que Monty ou encore Trail qui arrivent plein d’énergie, de passion et de talent, c’est vraiment cool ! Toulouse reste un vivier pour la Drum & Bass en France. Une ouverture vers le Liquid, de la Drum qui s’ouvre à d’autres styles que la Neuro, contrairement à quelques années auparavant, ce qui me convient plutôt bien comme vous pouvez vous en doutez.

 

Pour finir, comment envisages-tu l’avenir ? Peut-on s’attendre à de futures releases dans les prochains mois ?

Le nerf de la guerre, c’est le temps. Et j’ai bien l’intention de le trouver car si je ne fais pas de prod, je déprime ! C’est vraiment un moment que j’apprécie, où je suis dans ma bulle. J’essaie plein de trucs quand j’ai des idées, des boucles en attente dans un coin de mon ordi ou de ma tête, des projets… Donc oui, carrément des nouvelles releases à venir. J’ai un projet validé en attente puis il y a une tradition qui se lance, comme chaque année, je fais une prod pour la compilation French Plates. J’ai bien l’intention de vous proposer quelque chose que vous ne pourrez pas refuser ! En tous cas, j’y travaille !

Merci à Peyo d’avoir répondu à nos questions ! On pourra retrouver le toulousain le 5 janvier au Bikini à l’occasion de la Toulouse Massive 2019. 

Propos recueillis par Damien Boy et Charles Fourcassié