Gunston
Atlas 21
17.09.21
Hyperactivity Music

 

Activiste de longue date et premier artiste signé sur Hyperactivity lors de son lancement en 2017, Gunston revient cette fois avec un LP, le premier long format du désormais reconnu label marseillais.
“Atlas 21” est aussi le plus gros projet solo de l’artiste Maralpins. Avec 16 tracks au compteur, l’album est une immersion totale dans l’univers versatile de Gunston, où se mélange sa vision actuelle de la Drum & Bass et ses influences de toujours.
Si un FREE DL sorti le 26 juillet dernier laissait planer le doute sur une sortie imminente de quelque chose de grand.. Nous pouvons l’affirmer aujourd’hui : “Atlas 21” est bien là, acclamé par L-Side, DJ Krust, Document One ou encore Laurent Garnier, et bientôt sans doute par le public !
Et Gunston est avec nous pour en parler :

● Salut Stéphane !
Hasard ou coïncidence, mais ton album voit le jour alors que le monde de la nuit semble peu à peu reprendre des couleurs. Quel sentiment cela te procure-t-il ?

Heureux de voir les choses se rouvrir enfin vers un semblant de normalité. Tout ce qui va vers la Liberté et l’autonomie est bon pour nous ! Heureux que la bulle créative explose enfin de nouveau pour les artistes, pour les publics et que nous puissions à nouveau jouir de ces moments de partage, de fêtes, de joies collectives et de folies nocturnes. Quand tu vois le nombre d’EP et d’albums qui sortent, avec des newcomers chauds comme la braise, des headz surmotivés, des orgas qui nous régalent à nouveau, ce n’est que du positif même si je reste plutôt dubitatif sur la tournure que prendront les normes sociales et culturelles dans le futur. Je suis heureux que mon album sorte à cette période car il m’a aussi été inspiré par tout ça. Il est prêt depuis janvier 2021 pour tout te dire. C’est donc avec de la joie et presque du soulagement que nous le révélons enfin !

● Cet album est-il le fruit d’heures passées à occuper le temps durant les différents confinements ou remonte-il à plus loin que ça ?

Ca faisait plusieurs années que je voulais pondre quelque chose de plus conséquent, flirtant avec un “multigenre” pour montrer ce que la drum’n’bass m’a apporté et tout le spectre que j’aime dans et autour notre culture. En effet tout était à l’arrêt, j’avais donc du temps et de l’espace pour aller en profondeur dans ce qui me passionne. En avril/mai 2020, comme j’envoyais à BRK 1 track fini tous les 3 jours, c’est clairement lui qui a impulsé l’idée d’un LP en m’offrant une liberté totale et un vrai confort intellectuel. Je dois aussi te parler des conseils reçus et des grandes réflexions sur l’idée d’un album qui faisait déjà son chemin lorsque j’étais chez IM:LTD back in the days, on va dire que j’aime bien prendre mon temps. Comme pour la majorité d’entre nous, en 2020, “raver” m’a beaucoup manqué, c’est pour ça que sur cet album je propose des tracks un peu plus dancefloor que conceptuels.

● As-tu déjà eu l’occasion de tester certains de ces titres face à un public ?

Un public officiel non mais on les a testé pour moi cet été et plus récemment à l’Outlook festival grâce à BRK, avec qui nous avions décidé ensemble de le sortir à la rentrée.
Je suis invité à Marseille le 18 septembre pour y jouer, tester quelques nouveaux dubs. Et le collectif 6.5 de Nice m’invite le 23 octobre pour une soirée vibrante ! J’y joue à domicile en quelque sorte ! C’est un collectif qui fait vivre l’underground bass music sur Nice depuis quelques années et grâce à eux je peux tester des choses. C’est assez rare dans le “zéro six” pour ne pas le souligner ici.

● “Atlas 21” est ton premier long format, après plus de vingt ans d’immersion dans le milieu de la Jungle/Drum&Bass. La production a-t-elle toujours été un objectif ou une simple opportunité qui s’est construite au fil du temps ?

La production a toujours été un objectif, une passion heureuse, un infini espace de liberté. Je me sens plus chercheur que trouveur en musique. J’aime passer des heures à essayer, tester, combiner, comprendre les processus et kiffer le résultat. Je sample beaucoup donc j’écoute énormément de musique hors dnb. J’ai toujours plein d’envies, plein d’idées à concrétiser. Ça ne vous aura pas échappé, dès que j’ai du temps je préfère le consacrer à la création musicale plutôt qu’à la mise en forme graphique, à la communication ou au networking. De plus, le djing en public est devenu assez marginal pour moi surtout sur la côte d’azur où je réside. Mes 3 derniers gigs étaient vraiment cool mais plutôt half step/hip hop/bass. C’est rare que je puisse jouer full drum’n’bass ici à part en free ou à Marseille. A vrai dire je mixe dnb plus souvent à l’étanger qu’en France.

●On peut dire que la pochette n’est pas passée inaperçue et a même tapé dans l’œil de pas mal de monde ! Un mot sur ce superbe artwork ?

C’est BRK qui a choisi l’artiste dans son réseau marseillais : Virginie Amo Biondi est une artiste peintre marseillaise qui travaille actuellement sur le mouvement. Son travail est hyper organique, intuitif et coloré, un peu comme le mien. Elle travaille essentiellement sur grands format, utilisant différents styles, techniques et médiums. C’est dingue parce que c’est EXACTEMENT ce que je voulais pour ma cover. Un flow de flux organiques, noir, bleus et blancs mes couleurs favorites. Tout le graphic design autour a été fait par notre legendary Badjokes.

● L’ambiance qui s’en dégage est résolument sombre, deep et envoûtante, limite incantatrice par moment, par l’utilisation de souffles ou murmures à peine perceptibles. Comment définirais-tu le tempérament qui caractérise ton travail sur cet opus ?

Je m’imprègne beaucoup de l’air du temps et j’ai toujours pensé et vécu la DNB comme la bande son originale du 21ème siècle d’où le titre “ATLAS 21”. Suave, racée, envoûtante, énergique et tranchante. Cette réflexion m’a suivie depuis la fin des 90’s sachant que j’ai pour mentors des mecs comme Klute, DMZ, Sabre, Calibre, Loxy, D-Bridge, Hydro, War et plus récemment Skylark. J’aime les ambiances qui te pénètrent, te transportent, qui te font voyager en dehors des limites tout en restant “True to the craft”

● En effet, si on remonte quelques années en arrière, on se rend compte que tu t’es livré à d’autres styles, avec une poignée de tracks Dubstep mais aussi des titres à 160bpm ou encore du côté UKG. Si la Drum&Bass domine désormais ton répertoire, t’essayes-tu encore à explorer d’autres horizons ?

En 2018, quand Ivy Lab a choisi ‘Reach my Soul (160 edit) pour son BBC Essential mix, je me suis senti très honoré. Et c’est arrivé aussi parce que Julien le boss d’Halogen Music m’a poussé à sortir du roller ou du stepper de base. En fait, j’ai toujours la sensation de manquer de temps pour ça. Je suis aussi un fan absolu de deep dubstep tribal, d’autonomic sombre, de post-dnb Samuraï-esque. Je suis aussi très fan du label d’Hubwar, Noizion, des Menthol Shows de Docta Roots et de feu Exploration music. J’ai quelques folies à 140 in-the-making que j’aimerai sortir l’année prochaine, on verra bien. La belle collaboration avec Hyperactivity depuis 2017 m’a permis d’être plus centré, plus prolifique en drum’n’bass, et c’est hyper satisfaisant. Mais forcément comme on dit “choisir, c’est un peu renoncer”.

● L’album est quand même jalonné à intervalles quasi-réguliers de titres Halftime comme ‘Suzerain’, ‘Corner Soul’ ou encore ‘Gun Funk’ qui vient ponctuer ton récit en guise d’outro. Qu’est ce qui te séduit dans ce style à l’exposition encore relativement récente ?

La vibe, le headbanging plus souple, l’espace entre les notes, mais aussi les drops de mammouths et la possibilité de le combiner avec du hip-hop lourd ou de la trap quand je suis derrière les platines. J’en ai produit pas mal ces dernières années mais la plupart sont restés dans mes disques durs. C’est aussi une super porte d’entrée vers la DNB pour les non initiés, un outil de médiation culturelle en quelque sorte.

● Aucun featuring avec MC/vocaliste, ni collab entre producteurs n’apparaît sur “Atlas 21”.
Est-ce une volonté affichée de faire de ce premier LP une œuvre 100% Gunston” ?

Ca m’a souvent traversé l’esprit mais bizarrement j’étais sur un bonne lancée en solo et comme certain le savent je suis pas forcément très bon en collab’ à distance. J’apprécie être à plusieurs en studio mais je ne provoque pas forcément les occasions et je suis plutôt du genre à faire les choses dans mon coin. Et on est déjà plusieurs dans ma tête ..!

● Une meute d’un seul loup !
Certaines de tes tracks ont été remixées par des pointures comme Zero T, Data 3 ou plus récemment Quadrant & Iris. Choisis-tu qui peut se pencher sur tes productions ? Et quel effet ça te fait de voir ces noms associés au tien ?

Je fais confiance à mes labels managers pour ça. J’ai de la chance à ce niveau là ! En tous cas, j’ai toujours choisi des relations cool, good vibes et de confiance avec la direction artistique. La plupart du temps ils me font des propositions cohérentes et ce job en semi-collaboration me plait bien. Je prends très peu de contact avec d’autres artistes, les choses arrivent souvent naturellement, ça me correspond. Je suis aussi très fier des remixes de nos collabs avec War sur Huski records.

● Nous approchons de la fin de cet entretien, alors teasons sans spoiler maintenant. Quelle est la suite des événements pour Gunston ?

Produire, produire et encore produire. Continuer à proposer des tracks à BRK, notamment pour la V.A. de février 2022. Le meilleur conseil que j’ai toujours appliqué, ce sont des légendes londoniennes qui me l’ont donné en 1997 lorsque j’écumais les clubs et les shops de disques en Angleterre : “Do your thing in your corner, music speaks for itself”

 

Merci à Gunston pour sa gentillesse et sa disponibilité lors de cette interview.
Vous le retrouvez dès demain, samedi 18 septembre à Marseille, pour la release party officielle de “Atlas 21”, aux cotés de BRK et Bacon !

Supportez Atlas 21 via Bandcamp
Ecoutez Atlas 21 via Soundcloud
Likez Gunston sur FB
Likez Hyperactivity Music sur FB

 

Entretien réalisé par Damien ‘Dibby’