Monty
Hit The Lights
10.12.21
1985 Music

 

A l’occasion de la sortie récente de Hit The Lights, premier album de Monty, et premier full LP du label 1985 Music, nous avons eu la chance de pouvoir aborder en quelques questions ce magnifique projet avec le plus toulousain des producteurs anglais.
De l’aspect technique, à l’inspiration en passant par les relations humaines qui ont contribué à l’élaboration de l’œuvre. Passé, présent, futur. Bonne lecture !

 

 

● Hey Monty, quelques jours après la sortie de ton premier LP, comment te sens-tu ? Quel est le sentiment qui domine ?

Yo DNB France ! Je me sens bien et très content que le projet soit enfin sorti, j’ai eu beaucoup de positive feedback donc ça fait plaisir, je ne pouvais pas espérer mieux !

● Quand et comment le projet a-t-il commencé à prendre forme ?

L’album m’a pris exactement 6 mois à produire, ce qui est déjà pas mal, et puis ensuite 6 mois de plus pour finaliser la sortie avec tout ce qui tourne autour de l’artwork, la promo, les visuels, le pressage du vinyl, etc. C’est un processus qui prend aussi du temps.

● Alors heureux hasard du calendrier ou vrai calcul : la date de sortie tombe le jour de ton anniversaire. Incroyable cadeau !

Haha bien vu ! C’est un total hasard, la sortie devait avoir lieu plus tôt mais on a dû décaler un peu tout ça au 10 décembre, jour de mon anniversaire, et celui de Eva Mango aussi !

● Concernant le processus créatif de l’album, as-tu revu ou amélioré ta routine en termes d’investissement ? Es-tu resté fidèle à ta façon habituelle d’écrire ta musique ?

J’ai toujours gardé le même processus, rien n’a changé. Je me lève à 7h, je me douche, je vais chercher des croissants à l’amande à la boulangerie “Cyprien” puis je rentre et je me fais du café, je check mes mails puis je me mets sur Ableton. Voilà la routine classique d’une journée de prod chez moi ahah.
D’habitude je commence des drums, puis ensuite je trouve une idée à mettre par-dessus et si je sens qu’il y a une vibe qui se dessine, je finis le track. Mais faut se dire c’est pas forcément un track qui va être signé. J’ai beaucoup de tracks qui vont à la poubelle ou qui ne sortiront jamais. Si je ne suis pas inspiré je fais du sound design pour m’améliorer, ou j’apprends des tutos. Ce que je préfère le plus c’est produire des drums, et de perfectionner le groove et le bon équilibre entre l’électronique et l’organique. Je donne aussi beaucoup de cours et je m’occupe de mon Patreon.
C’est rare que je n’aie pas envie de faire de la musique, mais je ne suis pas immunisé contre le syndrome de la page blanche. Donc je me plonge sur d’autres choses que j’aime dans la vie comme la photo/vidéo, l’informatique et même cuisiner !
Je vais souvent courir avec Trail aussi, ça m’aide beaucoup a mieux dormir et être focus sur mon travail. Je finis mes journées en général quand je sens que j’ai passé trop de temps devant l’écran, tout simplement.

Hit The Light cover by Kasaey

Hit The Lights cover by Kasaey

● Hit The Lights c’est aussi un titre phare du premier album de Metallica, y a-t-il un clin d’œil ou rien à voir ? D’où vient ce nom ?

Haha non même pas, mais ça aurait pu !
Mes morceaux… Honnêtement, je les nomme assez au hasard. Pour le titre de l’album, un jour je produisais un morceau, et sous mon bureau, il y a un interrupteur qui éteint la lumière principale de ma chambre – c’est un peu bizarrement placé sous mon bureau. Je l’ai éteint accidentellement et je me suis dit « Hit The Lights ! » car c’est une expression en anglais pour dire “éteindre la lumière”. Je me le suis noté et c’est donc de là que vient le nom de la chanson titre de l’album.
Ensuite, Alix Perez m’a dit que je devais trouver un nom pour l’album, et je me suis ‘Hmmm OK, parmi tous ces noms aléatoires, lequel sonne comme un bon titre d’album, et c’était Hit The Lights. À partir de là, j’ai pensé que je pouvais faire une chose où l’intro est « ON » et l’outro est « OFF » – et j’ai ensuite ajouté des bruits de lumières qui s’éteint et des sons électroniques et tout ça. C’est un peu cheesy, mais peu importe, ça marche.

● Hit The Lights, ce n’est pas qu’une compilation de bangers, ni un LP full DNB. Une intro et une outro comme tu disais. Le terme d’album prend tout son sens ici. On a là un véritable patchwork de ce que tu es et ce que tu aimes. Était-ce un cap que tu t’étais fixé ?

Oui je voulais vraiment un format classique et complet de ce qu’est pour moi un album. J’écoute tout genre de tempo. Je voulais un format qu’on puisse écouter un peu partout et dans différentes situations, et pas qu’en soirée.Tu peux y retrouver du 140/Dubstep, Grime, DNB, 2-step, du 120 etc. Bref ce qui me représente.

● De nombreuses collabs composent cet album. Et tout, ou presque, nous semble tourner autour d’une certaine ville…

Ouais. Définitivement. Toulouse ! C’est là que j’ai grandi et développé ma relation avec la Drum & Bass. Je l’ai découvert au Royaume-Uni, mais je me suis vraiment mis dedans ici à Toulouse. Curieusement, un des premiers artistes D&B que j’ai entendu était Redeyes. je l’écoutais sur YouTube quand j’avais 17 ou 18 ans, et quand je suis sorti pour la première fois à Toulouse au Bikini, son nom apparaissait et je me disais « hé, je reconnais ce nom ».

S’il n’y avait pas eu certains de ces gars comme SKS, Redeyes, The Clamps, Lutin, tous les promoteurs, les assos locales, je ne ferais probablement pas de bass music aujourd’hui. Je suis heureux de dire que ce sont mes amis maintenant, et que j’ai beaucoup de respect pour eux.
Toulouse a été une grande influence pour cet album. Je voulais donc impliquer Redeyes, et tous mes amis que j’ai rencontré via la Drum comme Visages et Trail car ces personnes m’ont aidé à sculpter mon son. On retrouve aussi Eva ma copine qui aime beaucoup chanter dans l’appartement ! J’ai trouvé que ça serait une bonne idée qu’elle pose des vocaux sur “I Knew So”, je savais que sa voix irait bien avec l’instrumental.
Big up aussi à Kasaey, qui a fait les visuels de l’album! Faire figurer ces Toulousains était important pour moi, on a un son propre à nous même, un peu comme Bristol, Manchester, London ont leur son !
Il y a une très bonne communauté autour de la bass music et pleins de nouveaux artistes qui arrivent en force comme Fakt, Tryst Temps, Dead boyz, Kasaey, et d’autres que j’oublie sûrement. Ils sont la nouvelle génération de bass music toulousaine.

● Hardware est clairement le dubplate de l’année dans la catégorie 140/Dubstep, au sens le plus noble du terme. Était-ce une volonté de faire tourner le titre longtemps à l’avance via d’autres DJs et créer une attente particulière autour de ce titre ?

Merci, c’est vrai qu’il a bien tourné. Mais non y’ avait pas de véritable plan derrière tout ça. Les DJs qui l’avaient l’ont joué à travers le monde le temps que l’album sorte et voilà. Tant mieux s’il plaît aux gens !

● Tu as su t’entourer de la crème de la crème niveau MCs sur ce LP avec PAVAN, Chimpo et Strategy, ce qui est assez nouveau si on parcourt ta discographie. Comment les intègres-tu au processus ?

Oui c’est vrai. Il y avait aussi la collab avec T-Man sur Apollo en dubstep. Je produis toujours l’instrumental puis j’envoie un message aux vocalistes que j’aime pour voir s’ils veulent collaborer. Pour Hardware, c’est un projet auquel je me suis greffé en cours de route, car c’était un track de Visages avec Pav’ et Strat’ à la base.

● Quel a été le titre qui t’as le plus demandé d’effort sur cet LP ?

Hit The Lights à 100% ! C’était un vrai défi pour le développer. D’habitude je passe un ou deux jours à finir un track, mais celui là m’a pris bien cinq jours. J’ai été patient parce que d’habitude après 2 jours je mets l’idée à la poubelle si ça n’avance pas !

StylZ est très ruff dans l’esprit. Tu présentais ce titre comme un hommage à un certain label, une certaine période aussi..

Oui, exact. Un hommage au label Quarantine (ndlr : le label de Fierce depuis 2001). J’aime les rollers en tout genre de musique mais surtout en DNB. Simple et efficace : juste rolling drums and rolling bass.
Si je devais expliquer ce que c’était un roller je montrerai ce label en premier. Pour ne pas les confondre avec des “nouveaux rollers” de type foghorn.

● Sur ‘Dreamer’ on retrouve Alix Perez, mais cette fois c’est du côté Dubstep de la force que vous collaborez. Comment votre relation a évolué depuis ton arrivée sur son label ?

Honnêtement, c’est toujours la même, à part qu’on joue moins souvent ensemble en soirée maintenant, ça va faire plaisir la tournée en NZ pour pouvoir rejouer tous ensemble. C’est devenu un très bon ami. Pour ce qui concerne la musique, il a une bonne oreille. Je lui fais 100% confiance là-dessus. Quand je lui envoie des tracks pour 1985 c’est simple : soit il aime soit il aime pas et ensuite on signe ou pas le track.

● Lui qui est maintenant parti vivre en New Zealand, ça te donne des idées aussi ?

J’ai visité beaucoup de pays mais après ma première tournée en Australie et NZ en 2019, je suis tombé amoureux de ce pays, et j’ai directement su que je voulais y retourner. Je compte même y déménager l’année prochaine. Ça a toujours été une des plus grosses scène DNB à côté de celle en UK. Et encore plus maintenant car depuis la crise du Covid. Pendant qu’ils continuaient les festivals, les boîtes restaient ouvertes et nous en Europe on était confinés ou restreints, donc le spotlight était sur eux.

● Tu es d’ailleurs actuellement sur place ! Quel est le programme ?

Oui je suis là-bas avec Etienne de Visages, ce beau bébé !
On est en confinement à l’hôtel pour 7 jours gardés par les militaires, c’est assez fou.
Puis 3 jours de confinement à notre AirBnb puis on est libre et go les festivals et clubs.
On a hâte je t’avoue ! En tout, on a 7 dates étalées sur plus d’un mois. Et on va aussi visiter Hobbiton (ndlr : le village des Hobbits), c’est un rêve pour moi !

● Durant la pandémie, on t’a vu assez rapidement proposer des cours de production à distance. Était-ce un moyen personnel de te fixer une rigueur pour ne pas décrocher, et arriver à vivre. Ou bien te sentais-tu investi d’une sorte de « mission », pour simplement partager ton savoir et faire progresser celles et ceux qui le voulaient ?

Au début, c’était un moyen pour moi de faire face à la situation. Pouvoir manger et payer mon loyer. Mais c’est vite devenu une activité que j’aime beaucoup faire. Je rencontre des personnes, j’apprends des choses, je tisse des relations.
J’estime que pour continuer à faire vivre la scène bass music, il faut des nouveaux producteurs, donc je veux partager mon savoir et faire progresser celles et ceux qui le veulent. Et plus récemment, je me suis mis sur Patreon pour proposer des tutos mensuels.

● Une release party est prévue début février à Manchester, avec un plateau magnifique, sous la bannière 1985 Music.

Ça fait plaisir oui ! Manchester c’est comme Toulouse un peu. ils ont leur bon melting pot et communauté solide, à chaque fois c’est grosses vibes là bas. Surtout les Hit & Run, qui organisent toujours de très belles soirées.

● C’est quoi la suite pour 2022 ?

Encore et toujours beaucoup de musique ! Des collabs, et plus de 140. On est aussi en train de gérer un visa pour l’Amérique du Nord donc j’espère pouvoir aller la bas l’année prochaine si tout va bien.

● Pour finir, quels artistes sont dans ton top actuellement, ou tes artistes à suivre et sinon avec qui tu souhaiterais travailler ?

Pour rester sur des collabs en bass music je dirai Visages, Trail, Halogenix, Alix Perez, IMANU, The Upbeats, Strategy !
Sans oublier mes artistes D&B préférés comme Break, Calibre, Noisia et bien d’autres qui ont eu une influence cruciale sur moi et qui restent dans mon top pour toujours.
Et bien sûr allez checker tous les potes de Toulouse que j’ai cité avant !

 

Merci à Monty pour sa gentillesse et sa disponibilité lors de cette interview réalisée à distance et avec les inconvénients du décalage horaire avec la Nouvelle-Zélande.

Supportez Hit The Lights
• Suivez Monty sur Facebook et Instagram
• Suivez 1985 Music sur Facebook et Instagram

 

Entretien réalisé par Damien ‘Dibby’